Guides
Prévention des risques psychosociaux : le kit de démarrage en six étapes
Ce qu'il faut décider, et dans quel ordre, avant de lancer une démarche de prévention — que vous fassiez appel à un intervenant extérieur ou non.
Ce guide décrit les décisions à prendre avant de lancer une démarche de prévention des risques psychosociaux. Il est utilisable que vous soyez accompagné ou non.
Étape 1 — Vérifier que la direction est prête
Posez la question franchement en comité de direction : sommes-nous prêts à envisager que les causes se situent dans notre organisation du travail ?
Si la réponse est non, ou si elle est évasive, il vaut mieux ne pas engager la démarche. Un diagnostic dont les conclusions sont écartées produit plus de dégâts qu’aucun diagnostic : il confirme aux équipes que ce qu’elles vivent n’est pas reconnu.
Étape 2 — Constituer un comité de pilotage paritaire
Direction, représentants du personnel, service de santé au travail. Constitué avant le choix de la méthode, et non après.
Ce point conditionne la suite : une démarche définie unilatéralement sera contestée sur sa méthode plutôt que discutée sur ses résultats.
Étape 3 — Choisir un outil de mesure validé
N’écrivez pas votre propre questionnaire. Utilisez un instrument dont les propriétés psychométriques sont établies et publiées.
Les outils de référence disponibles en français couvrent les six familles de facteurs du rapport Gollac : intensité et temps de travail, exigences émotionnelles, autonomie, rapports sociaux au travail, conflits de valeurs, insécurité de la situation.
Étape 4 — Fixer les règles de restitution avant de collecter
Écrivez, et communiquez aux salariés avant qu’ils ne répondent :
- l’effectif minimal en dessous duquel aucun résultat ne sera restitué — dix personnes est un plancher raisonnable ;
- le fait qu’aucune donnée individuelle ne sera transmise à l’employeur ;
- qui aura accès aux résultats bruts, et sous quelle forme.
Ces règles déterminent la sincérité des réponses, donc la valeur de tout ce qui suit.
Étape 5 — Compléter par des entretiens collectifs
Un questionnaire mesure, il n’explique pas. Prévoyez des entretiens collectifs par unité de travail pour comprendre ce que les scores signifient concrètement.
C’est là que se trouvent les leviers d’action. Un score bas sur l’autonomie ne dit pas s’il s’agit d’un logiciel contraignant, d’un management directif ou d’une réglementation externe — et la réponse n’est pas la même.
Étape 6 — Construire un plan d'action hiérarchisé
Chaque mesure doit comporter un porteur nommé, une échéance et un indicateur de suivi.
Et une exigence : au moins la moitié des mesures doivent relever de la prévention primaire, c’est-à-dire agir sur l’organisation elle-même. Un plan composé uniquement de formations et d’accompagnements individuels n’est pas un plan de prévention.
Ce qu'il faut éviter
- Lancer la démarche pendant une réorganisation en cours : les résultats seront ininterprétables.
- Communiquer les résultats à la direction avant le comité de pilotage.
- Promettre des actions avant d’avoir instruit leur faisabilité.
- Installer une ligne d’écoute comme seule réponse.
Auteur
Sophie Lenoir
Psychologue du travail, titulaire du titre de psychologue et habilitée IPRP. Elle pilote les diagnostics de risques psychosociaux et les démarches de prévention menées par le cabinet.
À lire également
Sur le même thème
Guide du dirigeant : structurer sa gouvernance en phase de croissance
Ce qui fonctionnait à trente personnes cesse de fonctionner à quatre-vingts. Un guide en six étapes pour construire une gouvernance à la mesure de…
Conduire le changement : la boîte à outils du manager
Vous devez annoncer et accompagner un changement que vous n'avez pas décidé. Voici ce qui fonctionne, ce qui ne fonctionne pas, et ce qui…
Réussir une transformation : les cinq conditions du passage à l’échelle
Une expérimentation réussie sur un site pilote ne se généralise presque jamais telle quelle. Nous avons repris dix missions de transformation pour comprendre ce…