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Prévenir les RPS : de l’obligation légale à la démarche de progrès

La plupart des démarches de prévention produisent un document que personne ne rouvre. Voici ce qui distingue celles qui changent quelque chose.

Bureau apaisé en fin de journée, lampe allumée
Bureau apaisé en fin de journée, lampe allumée

L’employeur doit évaluer les risques professionnels, y compris psychosociaux, et les consigner dans le document unique. Cette obligation est ancienne, connue, et largement traitée sur le mode formel.

Je conduis ces diagnostics depuis douze ans. La différence entre ceux qui produisent des effets et les autres tient à une question posée au tout début : est-on prêt à envisager que le problème vienne de l’organisation ?

Le déplacement décisif

Le cadre de référence français — celui du collège d’expertise présidé par Michel Gollac — identifie six familles de facteurs de risque : intensité et temps de travail, exigences émotionnelles, autonomie, rapports sociaux, conflits de valeurs, insécurité de la situation de travail.

Ce cadre a un mérite qui n’est pas seulement scientifique : il place l’analyse au niveau des conditions d’exercice du travail, et non au niveau des personnes.

Ce déplacement n’est pas anodin. Il détermine tout ce qui suit.

Ce qui arrive quand on ne le fait pas

Lorsque l’analyse reste centrée sur l’individu, les réponses proposées le sont aussi : formation à la gestion du stress, ateliers de sophrologie, ligne d’écoute psychologique.

Ces dispositifs ont leur utilité — je ne les disqualifie pas. Mais proposés seuls, ils délivrent un message que les salariés décodent immédiatement : l’organisation ne changera pas, apprenez à la supporter.

J’ai vu ce message produire des dégradations mesurables du climat social. Il confirme aux équipes que ce qu’elles vivent n’est pas reconnu.

Trois marqueurs d'une démarche sérieuse

Le comité de pilotage est paritaire, et il l'est dès le premier jour

Pas une information du CSE après coup. Une association à la définition de la méthode, au choix des outils et à la lecture des résultats.

Ce n’est pas une concession : c’est ce qui rend le diagnostic non contestable dans son principe. Une démarche menée seule par la direction sera discutée sur sa méthode plutôt que sur ses conclusions.

Les résultats sont restitués par unité de travail

Un score global d’entreprise ne sert à rien. Les facteurs de risque se concentrent presque toujours sur deux ou trois périmètres, et c’est là qu’il faut agir.

Avec une règle absolue : pas de restitution en dessous d’un effectif plancher, faute de quoi l’anonymat n’est pas garanti — et les réponses futures ne le seront plus non plus.

Le plan d'action comporte des mesures de prévention primaire

Si le plan ne contient que de la formation et de l’accompagnement individuel, la démarche a échoué, quelle que soit la qualité du diagnostic.

Une mesure de prévention primaire agit sur l’organisation : révision des plannings, réduction du nombre d’interlocuteurs par dossier, clarification d’une chaîne de décision, arbitrage sur une charge devenue insoutenable.

Prévenir, c’est agir sur ce qui produit le risque. Le reste s’appelle réparer, et cela ne s’y substitue pas.

Sur la confidentialité

Aucune donnée individuelle ne doit être transmise à l’employeur. Jamais, sous aucune forme, y compris à sa demande.

Cette règle est déontologique avant d’être juridique. Elle conditionne la sincérité des réponses, donc la valeur du diagnostic. Une démarche où elle n’est pas garantie par écrit ne mérite pas d’être engagée.

Auteur

Sophie Lenoir

Psychologue du travail, titulaire du titre de psychologue et habilitée IPRP. Elle pilote les diagnostics de risques psychosociaux et les démarches de prévention menées par le cabinet.

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